Nous ne sommes plus au Paléo!

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« Nos ancêtres ne mangeaient pas comme ça », voilà l’argument principal d’un certain nombre régimes modernes qui conseillent d’exclure un certain nombre d’aliments récents de nos assiettes, sous prétexte qu’ils ne faisaient pas partie de l’alimentation de nos lointains ancêtres. Il existe plusieurs variations sur ce thème, depuis le « régime paléolithique » global au régime sans céréales ni gluten, qui génèrent tous une formidable hausse des ventes dans les boutiques spécialisées, les magazines, voire même de restaurants qui surf sur la tendance.

Le principe serait que pendant la majeure partie de son évolution, l’homme n’était pas exposés aux céréales, ni au lait, yaourt ou fromage, aux sucres raffinés, légumes, café ou alcool. Ces aliments sont apparus il y a environ 10 000 ans environ avec l’agriculture. L’hypothèse pro-paléo est donc que notre organisme n’auraient pas été conçus pour les gérer efficacement. La croyance populaire veut que l’évolution humaine (survie du plus adapté et la sélection naturelle) soit un processus très lent, et que nos gènes prennent des milliers d’années pour changer. Ceci signifierai que ces aliments « modernes » cause différents degrés d’intolérance et des réactions allergiques, ce qui serait à l’origine d’une épidémie allergique moderne, d’inflammations causées par les toxines et de l’obésité. Ainsi, on nous recommande de suivre l’exemple de nos ancêtres paléolithiques, en supprimant ces aliments, pour définitivement régler tous nos problèmes.

Tout cela pourrait sembler éminemment raisonnable, mais il s’avère que les faits sur lesquels repose cette idée sont faux !

L’évolution de l’homme

Il se trouve que de récentes recherches montrent que nous ne sommes pas des automates robotisés fixés à tout jamais, mais des êtres flexibles qui s’adaptent à leur environnement et ça beaucoup plus rapidement que nous le pensions. Une étude publiée dans Nature a clairement montré que les changements majeurs de nos gènes peuvent apparaitre en un millier d’années seulement.

Les scientifiques ont cherché les mutations essentielles de l’ADN de 101 squelettes de l’Age du Bronze à travers l’Europe. Ils ont analysé en particulier un gène clé (le lactase persistant) qui contrôle une enzyme qui confère la capacité de digérer le lait après l’âge de trois ans. Environ les trois quarts des Européens modernes possèdent ce gène qui leur permet de digérer un verre de lait sans être malade.

On pensait que la mutation de ce gène avait commencé à dominer les Européens il y a 10 000 ans environ avec le développement de l’agriculture et l’utilisation du lait, mais les résultats qui montrent que seul un individu de l’Age du Bronze sur vingt le possédait il y a 3 000 ans. Cela signifie donc qu’il a commencé plus tard et s’est répandu plus rapidement que ce qui avait été imaginé, et qu’en conséquence nous avons commencé à nous adapter à notre nouvelle source de nourriture plus rapidement que ce qu’on pouvait croire.

Paleo FoodsD’autres preuves de récents changements de nos gènes digestifs viennent d’une étude mondiale sur le gène de l’amylase qui est essentiel pour décomposer l’amidon en hydrates de carbone. Les individus dans des régions qui se nourrissent essentiellement d’amidon ont évolué avec de multiples copies du gène pour les aider à mieux le digérer. Une étude a montré que cette mutation protège aussi étrangement contre l’obésité, et que cette modification est apparue en quelques centaines de générations seulement.

D’autres gènes clés concernant la digestion peuvent même évoluer plus rapidement encore. Ce sont les gènes de l’ADN des milliards de microbes présents dans notre intestin. Bien que ce ne soient pas des gènes humains, ils sont cruciaux pour notre santé car ils contrôlent notre microbiome qui digère notre nourriture et produit beaucoup de nos vitamines et métabolites sanguins. Ces gènes bactériens, présents dans notre intestin, peuvent rapidement réagir aux modifications de notre alimentation, et comme ils peuvent produire une nouvelle génération toutes les 30 minutes, ils peuvent évoluer très rapidement.

Les micro-organismes ont également une arme secrète, le transfert horizontal de gènes, qui signifie qu’ils peuvent rapidement s’échanger les gènes entre eux pour en tirer des avantages mutuels, sans avoir à attendre la sélection naturelle. Ils utilisent déjà ceci de façon très efficace pour devenir résistants aux antibiotiques, et le même processus est transposable pour les nouveaux aliments.

Et donc?

On peut clairement prendre plaisir à avaler un steak façon paléo ou décider de maigrir à court terme en adoptant une alimentation sans céréale, mais il ne faut pas se laisser leurrer par les explications pseudo-scientifiques qui gravitent autour des concepts des régimes paléos, dont les arguments, pour la plupart, sont dépassés. Vos gènes et ceux des micro-organismes qui peuplent votre tube digestif évoluent plus vite que vous ne l’imaginait, et ils peuvent sans problèmes faire face aux nouveaux modes alimentaires de ces mille dernières années.

Il faut cependant prendre garde à ce que notre flore intestinal soit en bonne santé. Pour ce faire, c’est la diversité alimentaire qu’il faut privilégier, et non exclure tel ou tel catégorie d’aliment pour d’obscures prétextes, plus tendance que justifier.

Références :

Population genomics of Bronze Age Eurasia. Nature 522, 167–172, 2015.

Diet and the evolution of human amylase gene copy number variation. Nature Genetics, 39, 1256 – 1260 (2007).

Low copy number of the salivary amylase gene predisposes to obesity. Nature Genetics, 46, 492–497 (2014).

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